Relance d’une pépite française dans un cycle baissier des semi-conducteurs  avec Pierre Barnabé, Directeur Général de Soitec.

Le mardi 31 mars, AXCEL Partners a eu le plaisir d’accueillir Pierre Barnabé à l’hôtel le Royal Monceau – Raffles Paris pour une intervention consacrée à la relance d’une pépite française dans un cycle baissier des semi-conducteurs.

À la tête de Soitec depuis janvier 2022, Pierre Barnabé est arrivé dans un contexte particulièrement dégradé. L’entreprise, pourtant positionnée au cœur de la chaîne de valeur des composants électroniques, faisait face à une crise profonde. La gouvernance était fragilisée par une défiance entre le Comex et le Conseil d’administration, tandis que le modèle économique reposait de manière excessive sur un produit unique représentant près de 90 % du chiffre d’affaires. À cela s’ajoutait un retournement brutal du marché, avec des niveaux de surstockage importants.

Avant même d’engager une transformation stratégique, le travail a d’abord porté sur l’humain et la gouvernance. Il a fallu rétablir un climat de confiance, clarifier les valeurs et recréer un alignement au sommet de l’entreprise. Cette phase s’est traduite, sur une période de dix-huit mois, par un renouvellement profond de l’équipe dirigeante, mêlant continuité, promotion interne et apports externes, ainsi que par une évolution du Conseil d’administration. Ce rééquilibrage a constitué le socle du redressement.

Une fois cette base stabilisée, l’enjeu a été de transformer en profondeur le modèle économique. La dépendance à un seul produit rendait l’entreprise vulnérable, il a donc fallu structurer les investissements en recherche et développement, en doublant les budgets et en concentrant les efforts sur un nombre limité de produits stratégiques capables d’atteindre chacun une taille critique. Cette réorientation progressive a permis d’atténuer significativement la baisse d’activité et de rééquilibrer le portefeuille, le produit historique ne représentant plus qu’une part minoritaire du chiffre d’affaires.

En parallèle, l’entreprise a engagé un mouvement de diversification de ses clients et d’ouverture à l’international, notamment vers la Chine, dans un environnement où les enjeux technologiques et géopolitiques imposent à la fois ambition et prudence. Le redressement ne s’est pas fait immédiatement sentir. Il a fallu plus de deux ans pour observer une véritable inflexion, à partir de septembre 2024. Ce temps long rappelle combien les transformations industrielles, en particulier dans la deeptech, exigent constance, discipline et résilience.

Dans le même esprit, la préparation de l’avenir s’est appuyée sur la mise en place d’incubateurs internes, avec l’objectif de faire émerger les prochains relais de croissance. L’ambition est claire : transformer une part significative de ces initiatives en futurs produits majeurs.

Une fois cette dynamique enclenchée et stabilisée, Pierre Barnabé a fait le choix de quitter ses fonctions. Une décision lucide, motivée par l’intensité de l’engagement requis sur la durée, mais aussi par la conscience du risque personnel que cela impliquait. Derrière ce choix, une conviction forte : préserver la solidité future de l’entreprise passe aussi par la capacité du dirigeant à savoir passer le relais au bon moment.

Cette intervention aura mis en lumière une réalité souvent sous-estimée : le redressement d’une entreprise industrielle ne repose pas uniquement sur des décisions stratégiques, mais d’abord sur la reconstruction d’un collectif, dans la durée.

Merci à Pierre Barnabé pour le partage de son expérience.